Bien mieux avec mon animal - Pour mieux les aimer, apprenez à les comprendre
Eviter les accidents
 
 
 
Halte au laxisme
des maîtres
 
 
 
 
 
L’agressivité d’un chien ne dépend pas exclusivement de ses gènes et encore moins de sa race, mais en grande partie de son environnement social. C’est ce que nous rappelle le témoignage ci-dessous.   
 
"Le chien est certes le meilleur ami de l'homme et c'est le plus merveilleux des compagnons, mais il ne faut pas oublier
qu'il reste un animal et faire n'importe quoi avec un animal
peut parfois être très risqué non seulement pour l'animal lui-même,
mais aussi pour ceux qui l'entourent.
Grâce à de nombreuses études sur le sujet, on sait aujourd'hui que l'agressivité chez le chien est loin de dépendre uniquement de ses gènes (même si ceux-ci peuvent éventuellement influer sur la capacité de développement de l'agressivité d'un individu donné si les autres facteurs comme le vécu, le développement comportemental et l'environnement social tendent dans le même sens).   Le développement de l'agressivité est une réaction comportementale liée au vécu du chien (depuis la période prénatale), à son mode de vie, à la manière dont il est traité,
à ses relations avec les êtres vivants qui l'entourent,
et à son environnement en général. Je me souviens en particulier d'une adoptante qui m'avait contactée au bout d'un an, 
car leur petit yorkshire croisé bichon haut comme 3 pommes, pourtant doux et adorable au refuge, avait fini par terroriser tout le monde
dans la maison. 
 
 
L’importance de poser des limites
 
 
Au fil des mois il était devenu agressif et grognait et attaquait les pieds et les mollets, d'où même quelques blessures et deux points de suture, et les enfants n'osaient plus s'approcher de lui car il était devenu très hargneux. C'est un ré-abandon qui attendait désormais ce petit chien au tournant. Or, en posant des questions à cette famille sur sa vie quotidienne en compagnie du chien, je me suis aperçue d'une méconnaissance flagrante sur la nature du  " canis familiaris* " en général, et de ses aspects comportementaux en particulier. Mais en plus, je me suis rendue compte que pendant toute l'année qui a suivie son adoption, aucune limite ni hiérarchie n'avait été vraiment mise en place et que ce petit chien n'avait reçu dans sa nouvelle famille aucune base d'éducation au quotidien,
ni d'obéissance.
La dame m'a alors confié qu'elle pensait que pour un petit chien comme ça il n'y avait pas besoin de dressage ou d'attention particulière par rapport à l'éducation! Et pourtant, un fascicule sur ce sujet lui avait été remis lors de l'adoption... 
Lorsqu'elle a finalement pris conscience de l'importance de cette éducation et de la manière de se comporter avec lui au quotidien, ce petit chien a pu être rééduqué avec l'assistance d'un professionnel, tout en douceur et grâce au renforcement positif ( une éducation trop dure et violente peut être désastreuse et bien souvent risque de créer de nouveaux traumatismes chez des chiens déjà perturbés).
 
 
Pour le bonheur d’avoir
un animal à ses côtés
 
Il a fallu quelques temps pour régler tous les problèmes comportementaux de ce petit chien acquis suite au laxisme involontaire de ses propriétaires ayant duré toute une année, et pour lui faire intégrer en plus l'obéissance de base, mais aujourd'hui tout va bien, il ne mord plus, ne montre plus aucun signe d'agressivité, et est redevenu un adorable petit chien apportant du bonheur à toute la famille qui est très satisfaite de l'avoir finalement gardé.   
C'est une histoire parmi tant d'autres, et je m'aperçois de plus en plus que ce laxisme involontaire est la plupart du temps lié à une méconnaissance du chien et de son comportement, et surtout de la manière d'interagir avec lui. Toutes les personnes oeuvrant dans le domaine canin devraient donc pouvoir sensibiliser positivement tous les Martiniquais, même et surtout ceux qui ont peur des chiens, en leur démontrant tout ce qu'on peut faire par l'éducation quotidienne et grâce à la formidable complicité que l'on peut avoir avec un chien si on prend la peine de s'y intéresser.
On peut rappeler ici l'exemple de l'American Staffordshire Terrier  ("Amstaff") d'un pompier cynophyle martiniquais qui sauve des vies (Lire à ce sujet l’article paru dans la page Zannimos de Créola de novembre 2008. NDLR).
 
Un chien qui a été choisi avec réflexion (et non sur un coup de tête) et correspondant aux personnes qui vont le prendre en charge, bien sociabilisé, puis bien éduqué, bien suivi, bien traité au quotidien, en bonne santé, et ayant pour maîtres des gens responsables qui connaissent bien leur animal, ses caractéristiques et ses besoins, et qui savent réagir en conséquence, n'est pas dangereux au premier sens du terme, car on aura pris grand soin de prévenir et limiter les risques au maximum. Et dans ces conditions, qui devraient être obligatoirement respectées par tous les propriétaires de chiens, c'est avant tout un vrai plaisir et un bonheur enviable de l'avoir à ses côtés car c'est le meilleur des compagnons de vie, et ce, quelle que soit sa race ou son type, qu'il soit teckel, bichon, chien créole, berger allemand, labrador, épagneul, ou encore pit bull ou autre molosse".
 
Sabrina Mutzig - (Ancienne employée de refuge et actuellement bénévole pour diverses associations de protection animale)
 
* canis familiaris: nom scientifique du chien. 
 
 
 
L'avis de la SPA
 
Un ami qu'il faut bien choisir  
 
Le 7 décembre dernier une grande dame du Gros-Morne se faisait mordre sévèrement par un chien.
Cet accident nous rappelle que les chiens agressifs
sont une réalité à la Martinique.  
 
Chaque semaine nous réceptionnons aux pôles animaliers
de Carrère ou de Céron un, voire deux chiens, ayant mordu
ou ayant menacé de mordre! Il s'agit de chiens trouvés
sur la voie publique ou encore de chiens conduits par des propriétaires dépassés par leur propre animal.
Les chiens en cause sont souvent des pitt bull ou des Rottweiler,
même si ces races ne détiennent pas l'exclusivité des morsures. 
Sans l'existence des pôles animaliers nous aurions selon toute vraisemblance, déploré des morts de personnes à la Martinique. L'action concertée des pouvoirs publics et des associations 
permet de mettre en place une organisation pour protéger
la sécurité des personnes.  
Afin d'éviter les accidents par morsures de chiens, il faut faire attention au comportement et à la race d'un chien lors de son adoption.
Tous les chiens ne sont pas adaptés entre toutes les mains! ! 
Il ne faut pas hésiter aussi à demander conseil à des professionnels (éducateurs canins ou vétérinaires). 
Mais rassurez-vous, le chien est toujours le meilleur ami de l'homme. Mais un ami se choisit. demander conseil à des professionnels (éducateurs canins ou vétérinaires). Mais un ami se choisit.
Et aussi avec un  ami, il faut se comporter correctement ... 
Françoise Rose-Rosette. Docteur vétérinaire.
Directeur des Pôles Animaliers de la Martinique .. 
 
 
 
L'avis des comportementalistes
Devenir des maîtres responsables
« Il serait bon de rappeler qu’un décret d’application a vu le jour
le 12 novembre dernier,
quant à la catégorisation des chiens et notamment ceux qui ont agressé
ou qui seraient à même de le faire. Ainsi, un vétérinaire désigné par
le département est chargé d’évaluer la dangerosité potentielle
de chaque chien qui lui est présenté puis d’assigner un programme de formation ou de « rééducation ».
 
Le problème reste entier dans la mesure où la notion essentielle
de responsabilité n’est pas appliquée. En Métropole, ce problème n’existe pratiquement pas puisque depuis longtemps est admise
l’idée de faire tatouer (maintenant pucer) son chien et donc
d’accepter le fait que l’on est identifié par le biais de son chien.
En Martinique il en est tout autre. Rappelons-nous cependant
que des témoignages du voisinage pour démontrer l’appartenance
de tel animal à tel propriétaire ne permettent de faire des rattachements que lors d’événements tragiques.
On a tendance également à oublier que le maire reste responsable
sur sa commune… »
Sébastien Olaïzola, comportementaliste
(ex Dog Antilles passions)
 
 
 
Le danger du chien "à l'attache"
 
"Ce n'est pas une vocation pour un chien
d'être attaché. Cela transforme ses réactions, et rien n'est plus dangereux que de le vouer
à l'attache.
Le chien a besoin pour vivre, et vivre
en harmonie avec son environnement, d'une distance de sécurité. Or le fait d'être attaché
lui ôte cette possibilité de retranchement qui lui est vitalement nécessaire. Donc il n'a qu'une échappatoire, foncer  sur ce qui passe
à sa portée.
Car le chien est un prédateur, et toute « chose » vivante devient dans ces cas,
une proie. Et tant pis si c'est un enfant, tant pis si c'est une personne âgée. C'est vital. C'est sa réaction.
Et c'est faire de l' anthropomorphisme que de dire que le chien a été méchant. Le chien réagit en tant que chien et non en personne humaine. Le chien ne sait pas ce qui est bien ou ce qui est mal.
Il a des réactions ataviques et en fonction de son éducation. C'est pourquoi celle-ci est primordiale. C'est par l'éducation qu'il apprendra qu'il y a des choses qui se font et d'autres qui ne se font pas."
Dany L’heureux, de Saint-Esprit, Educateur canin Comportementaliste en formation.
 
 
 
 
La bonne éducation
 
  • Pour un chien 
  • à la bonne place
 
Un pompier cynophile, spécialiste de la recherche de personnes ensevelies et égarées (1), parle de son troisième chien,
Aldo, son rottweiler.
 
 
« Aldo a 4 ans, recueilli depuis sa naissance. Lui, c'est mon chien perso. Je lui ai donné une éducation canine à l'obéissance de base : assis, couché, debout... il a un très bon rappel. C'est un rottweiler, chien dit dangereux, appartenant à la 2e catégorie. En réalité, ce chien deviendra dangereux si son maître l'attache à un arbre, n'a aucun relationnel avec lui, ne cherche pas à le connaître, à déceler les éléments d'une agressivité à venir. Entre le chien et le maître, il faut trouver un équilibre. Pour que le chien ait un fonctionnement cohérent, son maître ‑son chef de meute‑ doit adopter un fonctionnement équilibré.
 
Attention aux effets de mode
Le rott est différent des autres chiens par sa taille, sa puissance, son fort caractère. Il est clair qu'à choisir, je préfère être attaqué par une meute de caniches que par un seul rottweiler ! On ne met pas un chien comme ça entre les mains d'un néophyte. Comme on ne donne pas le volant d'une voiture de 300 cv à quelqu'un qui vient de passer son permis... le problème est qu'en Martinique, nous n'avons pas encore suffisamment développé de relationnel avec le chien. On prend un rott par effet de mode, parce qu’on en a vu un chez un voisin... mais on connait peu les caractères de ces chiens de 1ère et 2e catégories, staff, pitt et rott...
Il faut toutefois signaler que des races plus communes comme le berger malinois par exemple ont plus de caractère de ces chiens dits dangereux. Et qu'ils ne sont pas non plus à laisser entre les mains de maîtres inexpérimentés. Les « malous » ont détrôné le berger allemand, il y a quelques années, par effet de mode également, alors que le berger allemand est beaucoup plus équilibré et fiable que le malinois.
Il est très facile à dresser. c'est bien simple, il corrige les erreurs
de son maître !
 
Des comportements source d’accidents
Mes chiens sont au contact des gens que je côtoie, ma famille, mes enfants. Ma fille, 15 ans, a été habituée toute petite avec les chiens, comme avec certains aspects du dressage. Mon fils, 4 ans, connaît les ordres. Il aime beaucoup les chiens, et n'en a pas peur du tout. A cet âge, ils ont tendance à vouloir dominer. Je lui ai appris à respecter l'animal quand il mange, se repose. En Martinique, ça fait rigoler quand un enfant lance une pierre à un chien ou lui donne un coup de baton. Moi, j'ai interdit à mes enfants ce type de comportement qui est source d'accidents. Ma compagne me soutient également. Et dans ma famille, on a un très bon rapport avec les chiens. Ce qui n'est pas fréquent en Martinique.
Propos recueillis auprès de Sully Chrozonoch responsable pédagogique de la cellule cynotechnique des Sapeurs-Pompiers de Martinique.
 
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